Traduction et IA au Secrétariat général de la CDIP
Au-delà des promesses de l’IA, quelle est la réalité dans notre service de traduction? Par Anne-Sidonie Cochand Buchs.La traduction automatique a-t-elle déjà en partie supplanté l’humain? Si l’on en croit les nombreuses promesses des outils d’intelligence artificielle, on pourrait le penser. Mais est-ce vraiment le cas?
Le Secrétariat général de la CDIP a encore un service linguistique interne et il y tient. Notre équipe comprend actuellement quatre traductrices-relectrices francophones, une relectrice germanophone et italophone ainsi qu’une gestionnaire trilingue. Nous pouvons également compter sur un pool d’externes fidélisés pour les traductions vers l’allemand, l’italien, le romanche et l’anglais, mais aussi vers le français en cas de surcharge interne, car la charge de travail ne diminue pas, bien au contraire. Voilà pour les ressources en intelligence humaine.
Des outils professionnels
Sur le plan des ressources technologiques, nos traductrices peuvent s’appuyer sur une mémoire de traduction, qu’elles alimentent à l’aide des nombreux textes de la CDIP existant en allemand et en français. Cet outil professionnel de traduction assistée par ordinateur (TAO) leur propose de réutiliser des phrases ou éléments déjà traduits et validés. Il leur fait non seulement gagner du temps, puisqu’il les guide dans leurs recherches documentaires, mais garantit également la cohérence des formulations et des termes utilisés. L’utilisation d’une mémoire de traduction contribue donc à l’harmonisation et au renforcement de l’image institutionnelle de la CDIP.
Quand la mémoire ne trouve pas de contenus similaires ou identiques, elle peut faire appel à des solutions de traduction IA pour combler les lacunes. Et c’est là que tout se complique. L’IA, qui fonctionne en se basant sur des statistiques, ne produit que des traductions probables. Elle ne traduit pas l’intention de l’auteur, mais des mots. Elle calque généralement la syntaxe de la langue originale. Elle ne traite pas l’implicite. Elle ne tient pas compte de la logique du texte. Et malgré les progrès impressionnants de la traduction automatique neuronale, il lui manque encore la compréhension culturelle et émotionnelle. On en revient donc à l’humain.
Image générée par IA
Le meilleur de la technologie et de l’humain?
Le travail de nos traductrices ne se résume pas à vérifier des textes produits par l’intelligence artificielle, il va bien au-delà. Elles peuvent s’en inspirer, mais leur activité reste centrée sur la compréhension de ce dont parle le texte et sur sa réexpression appropriée dans la langue cible. Elles veillent à la continuité textuelle, à la progression de l’information et à l’absence de contradictions internes. Elles portent la responsabilité du passage d’un monde à l’autre et accompagnent la rencontre entre deux façons de penser, approfondissant leurs recherches terminologiques et documentaires pour trouver des solutions même lorsqu’il n’existe pas d’équivalences parfaites. En outre, elles ont le plus souvent la chance de pouvoir dialoguer avec les auteurs et autrices pour clarifier les imprécisions du texte original, ce qu’ils apprécient expressément. Elles contribuent ainsi à la qualité globale des documents produits par le Secrétariat général. Grâce à leurs compétences linguistiques et méthodologiques, mais aussi à leur connaissance approfondie des activités de la CDIP, leurs traductions sont fiables.
Des informations protégées
Le Secrétariat général se soucie bien entendu de la protection des données et a adopté des principes pour l’utilisation des outils de l’intelligence artificielle générative. Les collaborateurs et collaboratrices sont encouragés à les utiliser de manière consciente, dans un cadre juridique clair et en portant attention aux aspects qualitatifs. Cela vaut également pour les outils de traduction.


